Tous ces fabuleux métiers
Il n’est pas évident de vous faire partager dans nos écrits les odeurs, les saveurs, les ambiances dans lesquelles nous évoluons chaque jour. Aujourd’hui, focus sur tous ces gens que nous croisons dans les villes, les campagnes, sur les routes, dans les zones les plus désertiques. Au Pérou, pour vivre, on se débrouille avec ce que l’on a : une plaque de gaz pour cuisiner, quelques bestioles à tuer pour la consommation de viande, un bout de terrain pour cultiver maïs, pommes de terre, quinoa. On achète, on vend, on troque.
Des petits stands de vente sont partout, et changent à une allure effrénée en fonction des heures de la journée. Ici, à 6h, une femme vend des sandwichs et du jus de quinoa pour le petit déjeuner. Deux heures plus tard, un vendeur de fruits la remplace. Lui-même laissera sa place aux environs de midi à une femme avec une énorme soupière de riz et de poulet. Vers 16h, le cireur de chaussures sillonnera les rues ainsi que le vendeur de glaces. A la tombée de nuit, les barbecues trouveront leur place à côté des stands de friandises. La vie est dans la rue, pas dans les maisons. Nous sommes souvent surpris que tout le monde est quelque chose à vendre, le temps d’une heure ou deux. Le décor change de face avec l‘avancement de la journée.
Chacun sait tirer parti de l’environnement. Là, on refait la route en pleine montagne, les bus et camions sont bloqués dans des bouchons pendant une heure ? Qu’à cela ne tienne, des femmes sorties de nulle part arrivent, les bras chargés de sucreries, de boissons, de plats qui se vendent comme des petits pains. C’est l’heure de la récréation ? A travers la grille de la cour on négocie des glaces, des paquets de chips de bananes, des biscuits. Ce soir, grande messe en l’hommage de la vierge ? Des stands de frites et de beignets partout à la sortie de l’église. Notre couteau ne coupe plus ? Au bord de la route, un affuteur promène sa machine. Il fait une chaleur écrasante dans les champs ? Un vendeur d’eau de coco passe à travers les petits chemins pour vendre sa boisson rafraichissante depuis sa bicyclette.
Tous ces petits métiers participent à une vie sans pareil dans la rue, dans les espaces publics. L’animation y est permanente, évolue en fonction des heures de la journée, de la saison, des festivités. Un mouvement permanent pour notre plus grand bonheur.
Cuzco et la vallée sacrée
Cuzco est le lieu de départ par excellence vers le Machupicchu, ce qui explique une affluence touristique sans pareil au Pérou et en Amérique du Sud. Nous qui avons l’habitude de pédaler dans des petits villages sans gringos, au cœur des campagnes, nous sommes un peu déboussolés sur la Plaza de Armas où l’on cherche les péruviens. Des têtes blondes tout autour de nous, nous nous fondons dans la masse. Cette ville est riche en architecture, agréable pour flâner.
Avec nos compagnons Cécile et Guillaume, nous partons en bus dans la Vallée Sacrée, à la découverte d’une nouvelle prouesse architecturale inca : le site de Moray. Il s’agit de l’INRA inca. Sous forme de cercles, les incas faisaient des tests agricoles, pour observer les meilleurs rendements : en bas il fait frais et humide, en haut plus de chaleur et une meilleure exposition au soleil. Nous sommes bluffés par cette technicité développée sans moyens, juste par ingéniosité humaine.
A quelques kilomètres de là, des salines se présentent sur notre chemin, sortant de nulle part, coincées entre des montagnes. Merveille de la nature cette fois-ci. En bons français tête de mule et à l’instinct anti-grégaire, nous refusons de suivre le chemin indiqué et nous élevons un peu plus haut, pour marcher sur les crêtes. Après avoir cru que nous étions un peu perdus, nous trouvons un chemin qui serpente à flanc de montagne et de là, ouvrez grands vos yeux, nous avons une vue plongeante et superbe sur les salines. Après 25 bons kilomètres de randonnée, nous retrouvons Cuzco tout illuminé.
Machu ou pas Machu ?
Depuis le début des préparatifs de notre voyage, une grande question revenait souvent : allions-nous ou non visiter le Machupicchu ? C’est grandiose disent certains, c’est très touristique, est-ce que cela vaut vraiment la peine ? C’est très cher, mais passer à côté d’un tel site sans le visiter serait dommage ? Jusqu’à notre arrivée à Cuzco, ce questionnement était récurrent. Puis, à notre arrivée dans la ville, notre retrouvons Cécile et Guillaume (cyclistes rencontrés à Trujillo), qui eux aussi hésitent. Tous les 4 nous nous décidons : nous irons ensemble au Machupicchu, parce que, quand même, le site doit valoir le détour. Nous nous amusons à construire notre petit voyage, essayant de le rendre un peu aventureux, moins touristique, moins coûteux, plus drôle. Nous partons pour 3 jours en nous lançant un défi : dépenser le moins possible, avec pour récompense, si nous réussissons, une énorme pizza et de la bière à notre retour à Cuzco.
Nous laissons donc nos vélos et sacoches à l’hôtel, chargeons un sac sur nos épaules avec une tente, 4 duvets, 4 tapis de sol, une autonomie de 3 jours en alimentation, de l’eau. Pas une chose de plus. Quittant Cuzco à 7 h du matin, nous arriverons à Hidroélectrica vers 16h. De là, nous marchons le long de la ligne de chemin de fer en direction de Agua Calientes pendant environ 2h30. Nous posons notre tente dans un camping (le premier rencontré depuis notre départ de Quito). Après un bon petit repas, nous nous endormons pour une courte nuit. A 3h30, le réveil sonne et nous voilà partis 1/2 heure plus tard en direction du Machu. Une ascension brutale d’environ 1 heure nous attend. C’est très raide mais nous marchons dans la nuit et cela est bien agréable. Quand nous arrivons aux portes du Machu, le soleil se lève tout juste. Nous entrons dans le site vers 6h30 pour profiter du réveil de la nature sur le site. A la vue de ruines, on peut vous dire qu’on ne regrette en rien notre décision. Quelle prouesse architecturale ! Entouré de montagnes couvertes d’une végétation tropicale, le site est posé dans un endroit magique, inaccessible, camouflé, préservé.
Après une visite guidée du site entre 6h30 et 9h30, nous partons découvrir quelques chemins de randonnée aux alentours du site qui nous promettent des vues plus grandioses des lieux. Vers 15h, exténués de nos crapahutages sous un soleil de plomb, nous redescendons vers le camping, heureux d’avoir visité une des merveilles du monde, malgré la foule touristique à laquelle nous ne sommes pas habitués. Oui, nous devenons de plus en plus sauvages vis-à-vis de tout humain nous ressemblant (teint clair, vêtements occidentaux, sac à dos…).
Le lendemain, sur le chemin du retour vers Cuzco, une petite escale bien méritée dans les eaux thermales de Santa Theresa : encore un grand moment de bonheur dans des piscines naturelles creusées à même la roche où l’eau sort à 40°, claire et transparente. Pour parfaire le décor, nous sommes seuls au monde. S’il vous plait, chut, on se détend.