Pédalage au coeur d'une carte postale
Le passage de frontière côté chilien ne nous enchante guère. Il est impossible de faire passer fruits et légumes, fruits secs, denrées ouvertes. Arrivés à la frontière, un douanier très sympathique nous voyant arriver sur nos 2 roues nous indique en détail ce qui ne passera pas. Nous faisons donc notre pause déjeuner en avalant les denrées interdites. Nous allons alors pédaler pendant 6 jours sans fruits ni légumes, sans vitamines, c’est dur. Nous devons passer nos sacoches sur un tapis roulant afin de scanner tout produit indésirable. Ils sont fous, on se croirait à la douane de New-York.
Nous apprenons que de ce côté de la frontière, il est impossible de changer de l’argent. Si nous voulons de la monnaie chilienne, il nous faut retourner côté bolivien, à 15km, sur une route qui grimpe dans un vent terrible. Nous décidons de partir sans argent, hors de question de revenir sur nos pas, nous vivrons sans un sou. D’autant plus que nous sommes partis pour traverser un désert, a priori, pas de tentations commerciales dans ces lieux. A cet instant, un énorme camping-car arrive derrière nous, c’est un couple de français à la retraite qui parcours l’Amérique du Sud…et qui nous échange quelques billets. Comme quoi, parfois, la vie…
La piste qui s’enfonce vers le parc des vicunas est bien mauvaise. Le sable ne résiste pas au poids de nos vélos chargés et nous devons pousser sur de longues distances. Quant enfin de sable disparait, c’est au tour des cailloux de prendre le relais et de nous éjecter de droite et de gauche. Le vent se lève et à ces altitudes, il fait un peu frais. Quand soudain nous apercevons une petite cabane sur le bord de la piste, nous poussons la porte et là, un paradis. Sous une petite charpente de taule et de bois, des eaux thermales à 50° n’attendent que nous. Le temps d’un échange de regard, et l’on décide de s’installer là pour la nuit. Les eaux brûlantes nous réchauffent le corps, nous sommes seuls au milieu de la montagne, pas une seule voiture n’est passée de la journée. Difficile à relater, mais après de dures journées glaciales, ce petit coin est pour nous un véritable paradis, comme un feu de bois après la neige. Nous retournons à l’eau plusieurs fois, jusqu’au petit matin où il nous faudra bien quitter les lieux.
Les paysages se révèlent sous nos yeux toujours plus magnifiques, grandioses. On se sent d’autant plus petits que les volcans sont grands, les montagnes larges, les animaux sauvages, au milieu d’un grand rien, ce qui fait tout. Les vigognes, curieuses, galopent telles des girafes à notre passage sur seulement quelques mètres, puis s’arrêtent et nous fixent avec leurs grands yeux de biches. Un soir, au moment de poser la tente, nous apercevons des empreintes de puma sur le sol. Nous faisons brûler quelques touffes d’herbes sèches (sur les conseils que nous avait donné le garde parc) afin qu’ils ne s’approchent pas trop près de la tente la nuit. On aime bien la nature, mais les bêtes de ce type, genre gros chat, on préfère les savoir loin. D’autant que dans le quartier, on ne voit pas trop de vigognes, ils doivent donc avoir un peu faim ces félins.
Pendant ce bref passage de 6 jours au Chili, longeant la frontière bolivienne, nos yeux et nos corps en ont pris plein la tête. Des trous, des bosses, du sable, des cailloux, du vent, du froid (on est ici en hiver), mais surtout des paysages grandioses, indescriptibles de par leur majesté, leur élégance, leur virginité.
En route vers le Chili
Lundi 1er juillet, cela nous a semblé une bonne date pour quitter La Paz et reprendre notre parcours sur les routes boliviennes. Nous nous sommes décidés à faire une petite percée au Chili, sur une partie de la cordillère qui longe la frontière bolivienne. Alors, ce lundi, en route. De nombreux cyclistes nous déconseillent fortement de quitter La Paz en vélo, car ça grimpe très vite de 3200 à 4000 mètres et il faut reprendre l’autoroute qui nous a permis d’entrer dans la ville. Beaucoup le font en bus et enfourchent de nouveau leur bicyclette une fois en hauteur, sur l’altiplano. Nous n’avons pas envie de prendre un bus, nous tentons donc de trouver un itinéraire bis pour monter cette côte interminable. On ne regrette pas notre décision : une vue superbe s’offre à nous, au prix bien sûr d’efforts musculaires ! Les pots d’échappement des véhicules, la circulation, les marchés, les travaux, autant de pièges à éviter. Nous mettons 4h pour parvenir sur les hauteurs de la ville puis nous filons sur la grande route qui parcourt l’altiplano jusqu’à Oruro. Fort heureusement nous ne ferons que 60km sur cette route folle et dangereuse. Nous trouvons d’ailleurs une route asphaltée en travaux interdite à la circulation en parallèle de la nôtre. Nous l’empruntons et les coups de pédale deviennent un vrai bonheur. Nous sommes seuls sur une route parfaitement lisse. A Patacamaya, où nous devons bifurquer à droite pour nous diriger vers le Chili, grand coup de frein et crissement de pneus. Nous devons faire le plein de nourriture et d’essence pour le réchaud car nous devons être autonomes pour une dizaine de jours. Nous nous apprêtons à entrer dans une zone déserte. Les sacoches pleines de pâtes, riz, avoine, fruits secs, nous avançons sur une route plus paisible.
En quelques kilomètres, les décors changent à vive allure. Nous pouvons, avec nos pauses régulières, prendre le temps de les apprécier. Nous traversons l’altiplano, vierge, aride, venteux où paissent des troupeaux de lamas qui nous dévisagent nonchalamment, passons ensuite dans un paysage lunaire. On croirait ensuite s’être égarés et être arrivés au Grand Canyon. Sur cette route hostile climatiquement parlant, nous trouvons sans peine l’hospitalité chez les habitants. Le plus surprenant, c’est qu’ils n’ont jamais l’air surpris de voir face à eux des gringos, fatigués et sales, leur demander s’ils auraient un peu de place pour que l’on puisse mettre nos tapis de sol et dormir. Chez les gens de l’altiplano, on comprend la fatigue, le froid et la faim et on ne vous demande rien d’autre. On nettoie a grands coups de balai un bout de grange qui sert de chambre à toute la famille et on vous demande de vous installer, entre viande de lamas séchée, peaux de moutons et bouteille de Coca Quina vides qui attendent une poubelle depuis quelques mois. Un soir, nous ferons cuire des pâtes pour une famille avec qui nous mangerons. La femme souhaite apprendre à cuisiner des œufs au plat « à la française ». Elle est ravie de mon cours de cuisine et dorénavant, elle les cuisinera comme ça. « C’est moins gras, on grossira moins et ça conserve les vitamines », nous dit-elle. Oui, mais avec ce froid d’altitude, on est bien contents, nous, de trouver leurs œufs « bien fritos », cuits dans une marmite d’huile.
Au pays de Tarzan et du Marsupulami
Après avoir vu tant de films, d’images, après en avoir tant imaginé, après 24 heures de bus (voir article plus haut), nous voici en plein cœur de la forêt amazonienne bolivienne. A notre arrivée, il tombe des poissons (oui, c’est comme cela qu’on dit ici). Pour la petite histoire, il y a très souvent des mini-tornades dans la région qui effleurent le fleuve Béni et aspirent des poissons. La tornade continue de se déplacer (avec les poissons) et lorsqu’elle s’arrête, libère les poissons qui semblent arriver du ciel avec la pluie. Aucun poisson ne nous est tombé sur la tête, mais un papy a prit plaisir à nous raconter cette histoire au petit déjeuner.
Il est interdit de s’aventurer seuls dans la forêt amazonienne. Nous faisons donc appel à une agence qui peut nous emmener dès le lendemain. Grande chance pour nous, aucune autre réservation. Nous sommes seuls avec un guide pour 3 jours. Nous prenons un radeau pendant 2 heures afin de rejoindre notre base (de magnifiques lodges au milieu des bananiers et des toucans). Une cuisiniène nous préparera de super plats typiques durant 3 jours pendant que nous parcourrons la forêt. Ce luxe est à la fois gênant et des plus agréables.
Nous découvrons des fourmis grandes comme des scarabées, des serpents de 3 mètres, des araignées invisibles, quelques singes, le bruit des toucans, des perroquets aux milles couleurs, une trace de jaguar, les yeux d’un caïman dans la nuit, des plantes médicales, des arbres aussi hauts qu’un building. Nous sommes tout petits et vulnérables dans cette forêt démesurée où tout cohabite en harmonie junglesque.
A chaque retour d’expédition, nous savourons de merveilleux beignets de yuca, des salades de papaye verte, un chocolat chaud et un café produits dont le cacao et le grain sont cultivés dans le jardin, des frites de bananes, un poisson pêché le matin dans la rivière.
Le lit possède une immense moustiquaire qui nous fait un lit à baldaquins. Une vraie pause de type « lune de miel ».