Riche est la terre
Après un bref passage par Uyuni qui nous permet de bonnes nuits et une alimentation riche en graisses revigorantes, nous décidons d’abandonner quelque temps nos vélos pour le bus en direction de Potosi. Besoin de repos et surtout envie de découvrir d’autres aspects de la Bolivie.
Potosi est une ville minière riche d’un passé colonial et architectural, qui vit au rythme du Cerro Rico. C’est du cœur de cette montagne que sont extraits, encore de nos jours, les minerais vendus sur le marché international (argent, zinc,…). La montagne est un véritable gruyère, exploitée depuis l’arrivée des conquistadors en Amérique Latine, et dans lequel s’enfournent encore 12.000 travailleurs. Travailleurs qui s’y glissent au péril de leur vie, pour un salaire certes 2 à 4 fois supérieur au salaire minimum du pays, mais en laissant leur santé au vestiaire.
Après de longues hésitations et questionnements éthiques, nous partons à la découverte de la mine. Nous voulions voir et sentir ce que vivent encore des milliers de travailleurs-trimeurs à travers le monde. Les mines sont une attraction touristique qui nous culpabilise. Aller voir trimer ces gens en se prenant pour des mineurs d’un jour avec appareil photo et accoutrement s’approchant du déguisement nous a longtemps posé question. Mais nous avons finalement fait partie du voyage.
Nous avons senti l’odeur des minerais, avons inhalé des fumées certainement toxiques et fortes, vu le noir dans lequel les mineurs sont plongés à longueur de jour, ressenti l’enfermement dans ces couloirs étroits dans lesquels il faut se ranger précipitamment à l’arrivée des wagons chargés poussés par deux hommes, avons été terriblement gênés et agacés de voir un touriste avec un énorme appareil photographier un jeune de 17 ans essoufflé de la cargaison de minerais qu’il transportait à bras nus. Nous avons imaginé l’additivité que peut créer la mine lorsque l’on nait dedans et que l’on y travaille dès le plus jeune âge. Mais en voyant ces hommes trimer pour amasser des minerais que l’on portera un jour en bague ou autour du cou, dans l’électronique de nos téléphones portables ou dans nos cuisines, nous nous sommes dit que plus que jamais à partir de maintenant, nous prêterons attention à la consommation de ces métaux précieux pour lesquels des hommes perdent la vie et se cassent le dos.
Une traversée, deux versions : Que lindo
Que lindo* (*whaou, qu’est ce que c’est beau !)
Impressionnante sensation de se sentir minuscule au milieu d’un immense désert. Suivant notre avancement tranquille, au rythme de coups de pédale, le paysage est un décor. Un décor de cinéma, avec ces longues étendues qui nous mènent au pays des indiens, un décor de rêve, avec des couleurs et des formes à faire pâlir les meilleurs aquarellistes, un décor animalier avec des vigognes, des petits lapins à a queue en tire bouchon. Un décor dans lequel il est fabuleux d’avancer. Le vent est frais, le soleil réchauffe, les volcans fument. Chaque chose est sa place. Tout du moins on le suppose car jamais nous n’avons rencontré pareil paysage. Le fait de se sentir seul ajoute une autre perspective au voyage. Un peu d’angoisse certes, car en cas de pépin, nous sommes loin de tout. Mais surtout un immense sentiment de liberté. On se sent partout chez soi. Poser la tente le soir se révèle d’une facilité déconcertante. Pas besoin de se cacher, il n’y a personne. Alors un simple regard autour de nous lorsque la fatigue de fin de journée se fait sentir, et nous voilà installés. Au milieu d’un troupeau de vigogne, au pied d’une roche, au bord d’une source d’eau chaude, sur une île d’un désert salin…Chaque effort fourni en récompensé.
Qu’il s’agisse des montagnes chiliennes ou des déserts de sel, la démesure de la nature est partout. Le Salar de Uyuni, plus grand désert de sel au monde, nous révèle la courbure de la terre, des débuts et fins de journées où le violet se mêle à l’orange, le bleu au rouge. A moins que ce ne soit l’inverse. On observe le spectacle avec assiduité chaque matin, chaque soir. Et à chaque fois avec le même plaisir. Nous vivons au rythme de ce soleil qui nous abandonne l’espace d’une nuit, nous laissant en compagnie d’un ballet étoiles, la voie lactée parfaitement dessinée, orchestrant l’ensemble.
Le salar nous permet d’avancer à vive allure, en toute direction. Pas de chemin tracé, il nous suffit de fixer une montagne au loin, située à 50km, de la suivre. Tous les chemins sont possibles pour rejoindre un point de référence. Nous pouvons pédaler en fermant les yeux, sans craindre un impact avec quoi que ce soit. On peut pédaler au rythme de la musique, sans craindre de se faire renverser. Les distances sont longues, alors qu’une montagne semble proche et que l’on pense l’atteindre en seulement une heure, nous sommes surpris de toucher ses flancs en fin de journée. Quand on vous disait que l’on se sent minuscule. Et tellement bien.
Merci les copains pour votre playlist, on l'adore!!!!
Une traversée, deux versions : Une avancée en enfer
Un voyage à vélo, c’est des moments forts. Des bons comme des plus difficiles. De la partie chilienne désertique, au salar de Uyuni, toujours aussi désertique, nous avons roulé 17 jours. Ces 17 jours, nous ne pouvons choisir sur quel ton vous les raconter. Humoristique certainement, car en toute circonstances garder le sourire est bien aidant. Sur un ton enjoué et merveilleux aussi, car chaque jour possède ses moments de bonheur. Mais cela ne ferait pas tout. Car nous en avons bien c…. pour ne pas être vulgaire.
C’est ainsi que nous avons décidé de couper cet article en 2 parties distinctes : quand ça va et quand ça va moins bien. Parce qu’il n’y a pas de raison de vous épargner ce que nous avons vécu.
La frontière chilienne ne nous a pas permis de faire passer fruits et légumes. Nous nous contenterons donc pendant plus d’une semaine d’une alimentation à base de pâtes, de riz, de riz mais aussi de pâtes. Pour les repas plus élaborés, nous ajouterons un cube de volaille à l’eau de cuisson. Le midi, nous mangerons du pain de mie qui s’effrite et avec lequel il est impossible d’imaginer faire un sandwich. Nous mangerons donc des miettes de pain au pâté (que nous avons réussi à faire passer avec quelque ingéniosité).
Sur des kilomètres de pistes et de désert de sel, il nous a fallu pousser, traîner, porter, supporter nos vélos. Le sable succède à la boue, ce qui crée une espèce de mauvais ciment entre les roues et les gardes boue. Les pierres sont nos pires ennemies. Elles heurtent jantes et rayons, au risque de nous les casser. Pas question que cela arrive, nous sommes à plusieurs centaines de kilomètres de toute civilisation et en une semaine, nous ne croisons qu’une voiture. La « tôle ondulée » ne nous aide pas à avancer paisiblement. C’est un choc pour les fesses, les bras, le cou, à chaque tour de roue.
Chaque jour, passé 12h, un vent se lève (de face ou de côté bien entendu). Les efforts de pédalage sont alors décuplés pour si peu de distance parcourue.
Le froid devient alors terrible. Il faut dormir en compagnie du vent, sous une tente dans laquelle le thermomètre n’affiche pas une seule fois positif (entre -5C° et -8C°). Au petit matin il s’agit de replier la tente gelée, avec les doigts qui s’engourdissent, de déjeuner du pain qui a gelé, de ne pas boire d’eau qui est à l’état de glace malgré le fait d’avoir dormi dessus.
Quand nous enfourchons nos vélos, nous prions pour ne pas être cachés par une montagne qui bloquerait les rayons du soleil. Quand enfin le soleil commence à nous réchauffer, nos lèvres subissent et crament pour laisser apparaître de belles gerçures qui nous empêcheront de manger correctement. Nos ongles se décollent et saignent à cause du froid. Pas de douche depuis une semaine, les mains sales que l’on lave très furtivement afin de ne pas gaspiller trop d’eau.
Quand nous arrivons aux abords du premier désert de sel (Salar de Coïpasa), nous commençons à ressentir les effets de la fatigue et de la faim. Notre premier salar se révèle une expérience catastrophique. Les autochtones nous indiquent une mauvaise direction, nous nous retrouvons de l’autre côté de la montagne à nous embourber dans des sels mouvants. Par chance, nous rencontrons un berger au milieu du désert qui nous pointe du doigt la montagne à suivre. Il nous déconseille de couper car le salar est meuble et l’on risque de s’enfoncer. Pendant une trentaine de kilomètres, nous suivons la dite montagne, puis ne voulant pas rester une nuit de plus dans ce foutu salar, nous décidons de couper. Bandes d’idiots que nous sommes. Comme l’avait prédit le berger, nous nous enfonçons et devons pousser nos vélos pendant 10km. Nos bras et nos épaules s’en souviennent encore. Harassés, nous devrons passer une nuit de plus dans ce foutu salar de Coïpasa.
A la sortie du Salar, la piste n’est guère mieux, mais bon, nous en sommes sortis. Nous pédalons maintenant direction le Salar de Uyuni, qu’il nous faut traverser avant de rejoindre la civilisation. Le Salar de Uyuni, c’est un peu un rêve, dans l’idée. Mais avec l’état de fatigue dans lequel nous sommes entrés dans ce désert, c’est presque devenu un cauchemar. Un vent glacial matinal fait geler les larmes à peine sorties, des 4X4 de ces c… de touristes nous frôlent, ralentissent pour baisser la vitre et nous prendre en photo, comme si nous étions des girafes perdues en pleine banquise, sans prendre la peine de nous saluer et de nous demander si nous avons besoin de quelque chose, alors qu’ils sont bien au chaud, sous des couvertures avec un thermos de café. Allez, fuyez bande d’irresponsables, où je vous mets au défi de prendre ma bicyclette avec tout son poids.
L‘entrée dans Uyuni sera salvatrice. Après avoir écumé une dizaine d’hôtels hors de prix, nous optons pour le moins pire qui nous promet une douche chaude, enfin. Nous dévorons un paquet de 800g de bonbons dans l’après midi. Enfin. Nous avalons une côte de bœuf et de lama au barbecue avec des frites et du riz. Enfin. Buvons une bouteille de 2,5L de coca, des tasses de café brûlant et api sucré (boisson à base de farine de maïs). Enfin. La privation temporaire nous a rendus boulimiques de gras, de chaud, de sucre. Enfin, on est arrivés à Uyuni.
La version « c’était cool », c’est pour l’article suivant…