argentine
Bien plus qu’un marché
Que d’activités diverses dans cette ferme ! Comme pour compléter nos coups de pioche et nos heures passées au soleil cuisant à arroser les plantations, est venu le jour du marché. L’heure de vendre nos productions, le moment de satisfaction d’un travail conclu et abouti.
Chargées à l’arrière du véhicule, les caisses de lechugas et d’acelgas s’empilent. Les pots d’albahaca se serrent les uns aux autres, laissant place à quelques pieds de cilantro. Quelques œufs viennent parfaire l’ensemble. Utile peut-être d’ajouter que, comme pour la radio, nous sommes très en retard, mais nous passerons les détails de cette partie de l’aventure.
Nous arrivons sur le marché de la grande ville aux alentours de 11h (oui, on vous a dit que nous étions en retard) et rapidement déballons l’ensemble. Aussitôt assaillis de demandes, nous vendons très rapidement nos premiers légumes de saison. Nous nous prenons au jeu de la vendeuse, expliquons le mode de production organique, la provenance, le cœur que nous avons mis dans la culture de ces bottes de légumes. Notre accent français interpelle le badaud dans cette région peu touristique et nous permet de vendre plus que les propriétaires de la ferme ne l’imaginaient. Nous nous faisons des amis, eux aussi commerçants, et le sentiment d’être natif du coin n’est pas loin.
L’Argentine est incroyable, elle permet au voyageur de sentir pousser des racines sous ses pieds, si peu qu’il veuille se laisser envoûter.
Alors, semblables à nos légumes qui ont besoin de terre pour s’enraciner et d’air pour pousser, nous sentons notre cœur battre ici et nous envolons demain vers ailleurs.
Il est 12 heures, vous écoutez Radio Light
Invités à une émission de radio en direct afin de dire quelques mots de notre périple à vélo et du volontariat dans la ferme, nous sommes convoqués pour 11h. Nous devons nous y rendre avec Pedro, le dueno de la ferme. A 10h30, heure à laquelle nous sommes supposés prendre la route, nous sommes prêts. Pedro, lui, n’a pas encore pris sa douche, il est en train de régler une histoire de robinet dans le jardin. A 11h, nous commençons à lui faire sentir notre impatience. A 11h15, il s’installe devant la télé. A 11h35, nous partons. En route, la radio nous appelle, sans sembler perturbée de ce retard, pour nous indiquer l’adresse à laquelle nous devons nous rendre. Nous pensions au moins que le lieu de rendez-vous était fixé, visiblement, non. C’est à 12h15 que nous arrivons à la radio, sans excuses, comme s’il était tout à fait habituel d’arriver à une émission de radio avec 1h15 de retard.
Nous prenons place dans le studio, autour d’une jolie table ronde et commençons l’entrevue. L’ambiance est détenue et conviviale. Cela nous demande encore des efforts de nous déshabituer de notre organisation occidentale, arriver à l’heure, prévenir dès 2 minutes de retard, montrer son agacement à la personne non ponctuelle. Oui, c’est de l’entraînement de troquer nos dites bonnes manières contre un peu de lâcher prise et de détachement.
Ecoutez ce bel accent frenchy ! (pas très couleur locale, hein ?)
48 heures avec le temps
Lorsque les éléments se déchaînent, nous avons plusieurs pensées. Premièrement, on est content d’avoir un toit sur la tête. Deuxièmement, on se satisfait de ne pas être à vélo. Enfin, on se sent infiniment petits.
Pendant plusieurs jours, nous avons vécu avec une nature que nous ne connaissions pas jusque-là. Un vent qui souffle avec des rafales qui méritent un contrôle radar, si chaud que l’on a l’impression d’ouvrir en permanence la porte d’un four de potier. Un vent qui rend fou, tellement fou qu’on commence à comprendre le film Volver d’Almodovar. Des rafales qui donnent envie de se réfugier sous une couette et de n’en sortir qu’une fois le calme revenu. Des journées qui ne manquent pas d’air en nous laissant seulement constater les dégâts créés. Les vents sont contraires, ils s’affrontent. Le Zonda, vent venu de la cordillère des Andes qui se réchauffe lors de l’effleurement du sol, agressif et cuisant, s’abaisse lorsque se lève le vent du sud, bien plus fort, bien plus froid. Alors que le vent Zonda nous cuisine par 43°C, le vent du sud nous oblige à ajouter des couvertures. La bataille est discrète. Le vent Zonda se calme, nous profitons de 5 minutes (montre en main) de silence, de calme, d’immobilité et le vent du sud se lève, ne nous laissant profiter que d’une très courte accalmie. Avec de telles variations de température, la neige s’est imposée à 1500m d’altitude, étonnant contraste avec la chaleur que nous accusons quelques centaines de mètres plus bas.
Puis, c’est au tour de la terre d’ajouter son grain de sel. En zone de cordillère, il fallait bien que ça nous arrive un jour : la terre a tremblé. Un tremblement délicat et violent à la fois. Des secousses qui ont fait bouger les lits, les ventilateurs et les meubles, donnant l’impression que l’on se trouvait au départ d’un manège aux prometteuses sensations. Calmement, depuis notre chambre, nous avons attendu que passent ces quelques secondes, entre étonnement et amusement. A deux reprises nous avons ressenti ces secousses, âmes non endormies de cette chaîne de montagnes. Nous apprenons quelques heures plus tard que le tremblement était de magnitude 5 sur l’échelle de Richter.
Apparemment, la région a toujours vécue sous la puissance de la nature, mais depuis quelques années, les choses semblent se détraquer. Ici plus qu’en Europe, les populations en sont victimes.
Cette planète nous en fait décidément voir de toutes les couleurs et nous la découvrons chaque jour tels de nouveaux habitants.