Ville inattendue
En arrivant à Ayacucho, où nous pensions ne pas poser l’encre, la ville étant réputée dangereuse, nous sommes surpris de l’attractivité vivante du lieu. Des habitants tous aussi sympathiques les uns que les autres, un hôtelier amoureux des français qui nous fait une réduction énorme sur la chambre et est aux petits soins culinaires en nous faisant découvrir les spécialités de la ville, un papy qui se met à nous parler dans un français parfait qu’il a appris en prison, une mamita qui nous paye sa tournée de boisson. Tout semble sorti d’un rêve. Nous décidons donc de rester une journée afin de parcourir cette ville qui nous émerveille, contrastant avec la réputation qui en est faite. En sillonnant les rues, nous découvrons le passif du Sentier Lumineux* qui est né dans cette ville, la richesse qui est en grande partie due au trafic de drogue. Nous avons l’impression que la violence qui a sévit dans cette zone jusqu’en 2000 rend les gens heureux d’être en vie et qui œuvrent pour la paix. Un vrai coup de cœur pour cette ville longtemps isolée du pays.
*petite histoire complexe et résumée du Sentier Lumineux (on vous conseille de faire de plus amples recherches) : début des années 80, cette zone du Pérou est une des plus pauvres du pays. Le gouvernement ne mettant pas en place ses promesses pour les régions les plus isolées et les plus pauvres du pays (accès à l’eau potable et à l’électricité, à l’éducation, aux soins, à l’alimentation,…), un groupe révolutionnaire, le Sentier Lumineux, se crée et se développe d’abord à Ayacucho puis dans le reste du pays pour défendre les droits des plus démunis. Le mouvement dérape et s’empare des armes, réquisitionnant des paysans, principalement, afin d’entrer en lutte contre le gouvernement. Ceux qui ne souhaitent pas participer à l’élan révolutionnaire sont exécutés. L’armée tente de rétablir le calme en exécutant toute personne soupçonnée d’adhérer au Sentier Lumineux. Complexe affaire : appartenant à un bord ou à l’autre (armée ou sentier lumineux), la population n’a pas d’autre alternative que de mourir. Au total 70 000 morts entre 1980 et 2000. Des femmes se sont constituées en association afin de nourrir les orphelins et de rétablir la vérité sur ces crimes encore très présents dans la tête des habitants. Voici très succinctement ce que nous avons compris de l’histoire, mais tout cela reste bien complexe à résumer.