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Ce lac qui nous amusait tant
Ah, ce fameux Lac Titicaca. Il nous faisait rire sur les bancs du collège, il nous fascine aujourd’hui et marque notre passage de frontière entre le Pérou et la Bolivie. Sur un petit bateau, nous partons à la découverte des îles flottantes, construites au milieu du lac sur un mètre de terre et de roseau, astucieusement assemblés. L’île bouge quand il y a des remous, le sol est tapissé de roseaux, très agréable pour marcher pieds nus. Nous poursuivons notre route, le lac sur notre gauche, pendant plusieurs jours. Plusieurs levers de soleil. Plusieurs couchers de soleil. Toujours bouche bée face à la l’immensité et à la tranquillité du lieu. On se croit en bord de mer. Il y a les mouettes, il y a le clapotis des vagues, il y a les parcs à truites (nous sommes en eau douce, pas d’huitres), il y a des barques, il y a les pêcheurs qui fabriquent leurs filets. Puis après passage du côté bolivien, nous découvrons l’isla del sol. Après une magnifique randonnée sur les crêtes puis une nuit au milieu de l’immense lac, nous rejoignons la terre ferme.
La visite des îles se fait sous le signe du folklore touristique. Mais nous l’acceptons, en nous disant que l‘argent du tourisme passe directement dans les poches des communautés et permet la scolarisation des enfants. On le souhaite en tout cas. Dur dilemme du touriste. Nous voyons d’un côté du folklore dans les lieux dits touristiques et nous vivons le quotidien des habitants lorsque l’on voyage sur nos vélos. Et l’écart est énorme. Dans la vraie vie, pas de flûte de pan, pas de tenues propres et repassées, pas de lamas décorés aux mêmes couleurs que les enfants. Ces deux visages restent tout de même intéressants à voir. Il y a le Pérou vécu et le Pérou imaginaire. Nous préférons de loin celui de tous les jours, vrai et vivant.
400 kilomètres en compagnie d’un tandem
C’est en compagnie d’un tandem un peu spécial que nous quittons Cuzco. Enfin, surtout en compagnie des propriétaires (un peu spéciaux, clin d’œil à eux) de ce tandem. Cécile et Guillaume voyagent depuis maintenant plus d’un an en compagnie de leur Chiron, un vélo où elle pédale assise à l’avant et lui est en position de vélo standard à l’arrière, depuis Québec. Dans 3 semaines, ils repartiront de Lima. Pour l’heure, nous pédalons de Cuzco jusqu’au Lac Titicaca ensemble, au rythme de nos bonnes humeurs, de nos forces et de nos rires. Cinq jours pendant lesquels nous prendrons le temps de cuisiner d’énormes plâtrées de pâtes avant que la nuit ne tombe, pendant lesquels le chocolat est à l‘honneur (on en a enfin trouvé !). Cinq jours pendant lesquels nous visiterons un merveilleux site inca, prendrons un bain dans des sources thermales agrémentées de plantes aromatiques, dormirons dans des conditions fraîches sur le début de l’altiplano qui mène au Titicaca (- 6°C sous la tente). Vous avez bien lu, il y a un moins devant le 6°C. Mais quand on est en bonne compagnie, qu’importent les degrés extérieurs, la chaleur humaine est là (enfin, quand même, il y a des limites). Donc, bon, on boit aussi un peu de Pisco Sour (alcool de raisin agrémenté de jus de citron et de blanc d’œuf) pour se réchauffer. Et après 400 bornes, dans le froid, le Pisco, ça réchauffe vite.
Tous ces fabuleux métiers
Il n’est pas évident de vous faire partager dans nos écrits les odeurs, les saveurs, les ambiances dans lesquelles nous évoluons chaque jour. Aujourd’hui, focus sur tous ces gens que nous croisons dans les villes, les campagnes, sur les routes, dans les zones les plus désertiques. Au Pérou, pour vivre, on se débrouille avec ce que l’on a : une plaque de gaz pour cuisiner, quelques bestioles à tuer pour la consommation de viande, un bout de terrain pour cultiver maïs, pommes de terre, quinoa. On achète, on vend, on troque.
Des petits stands de vente sont partout, et changent à une allure effrénée en fonction des heures de la journée. Ici, à 6h, une femme vend des sandwichs et du jus de quinoa pour le petit déjeuner. Deux heures plus tard, un vendeur de fruits la remplace. Lui-même laissera sa place aux environs de midi à une femme avec une énorme soupière de riz et de poulet. Vers 16h, le cireur de chaussures sillonnera les rues ainsi que le vendeur de glaces. A la tombée de nuit, les barbecues trouveront leur place à côté des stands de friandises. La vie est dans la rue, pas dans les maisons. Nous sommes souvent surpris que tout le monde est quelque chose à vendre, le temps d’une heure ou deux. Le décor change de face avec l‘avancement de la journée.
Chacun sait tirer parti de l’environnement. Là, on refait la route en pleine montagne, les bus et camions sont bloqués dans des bouchons pendant une heure ? Qu’à cela ne tienne, des femmes sorties de nulle part arrivent, les bras chargés de sucreries, de boissons, de plats qui se vendent comme des petits pains. C’est l’heure de la récréation ? A travers la grille de la cour on négocie des glaces, des paquets de chips de bananes, des biscuits. Ce soir, grande messe en l’hommage de la vierge ? Des stands de frites et de beignets partout à la sortie de l’église. Notre couteau ne coupe plus ? Au bord de la route, un affuteur promène sa machine. Il fait une chaleur écrasante dans les champs ? Un vendeur d’eau de coco passe à travers les petits chemins pour vendre sa boisson rafraichissante depuis sa bicyclette.
Tous ces petits métiers participent à une vie sans pareil dans la rue, dans les espaces publics. L’animation y est permanente, évolue en fonction des heures de la journée, de la saison, des festivités. Un mouvement permanent pour notre plus grand bonheur.