chili
Une traversée, deux versions : Une avancée en enfer
Un voyage à vélo, c’est des moments forts. Des bons comme des plus difficiles. De la partie chilienne désertique, au salar de Uyuni, toujours aussi désertique, nous avons roulé 17 jours. Ces 17 jours, nous ne pouvons choisir sur quel ton vous les raconter. Humoristique certainement, car en toute circonstances garder le sourire est bien aidant. Sur un ton enjoué et merveilleux aussi, car chaque jour possède ses moments de bonheur. Mais cela ne ferait pas tout. Car nous en avons bien c…. pour ne pas être vulgaire.
C’est ainsi que nous avons décidé de couper cet article en 2 parties distinctes : quand ça va et quand ça va moins bien. Parce qu’il n’y a pas de raison de vous épargner ce que nous avons vécu.
La frontière chilienne ne nous a pas permis de faire passer fruits et légumes. Nous nous contenterons donc pendant plus d’une semaine d’une alimentation à base de pâtes, de riz, de riz mais aussi de pâtes. Pour les repas plus élaborés, nous ajouterons un cube de volaille à l’eau de cuisson. Le midi, nous mangerons du pain de mie qui s’effrite et avec lequel il est impossible d’imaginer faire un sandwich. Nous mangerons donc des miettes de pain au pâté (que nous avons réussi à faire passer avec quelque ingéniosité).
Sur des kilomètres de pistes et de désert de sel, il nous a fallu pousser, traîner, porter, supporter nos vélos. Le sable succède à la boue, ce qui crée une espèce de mauvais ciment entre les roues et les gardes boue. Les pierres sont nos pires ennemies. Elles heurtent jantes et rayons, au risque de nous les casser. Pas question que cela arrive, nous sommes à plusieurs centaines de kilomètres de toute civilisation et en une semaine, nous ne croisons qu’une voiture. La « tôle ondulée » ne nous aide pas à avancer paisiblement. C’est un choc pour les fesses, les bras, le cou, à chaque tour de roue.
Chaque jour, passé 12h, un vent se lève (de face ou de côté bien entendu). Les efforts de pédalage sont alors décuplés pour si peu de distance parcourue.
Le froid devient alors terrible. Il faut dormir en compagnie du vent, sous une tente dans laquelle le thermomètre n’affiche pas une seule fois positif (entre -5C° et -8C°). Au petit matin il s’agit de replier la tente gelée, avec les doigts qui s’engourdissent, de déjeuner du pain qui a gelé, de ne pas boire d’eau qui est à l’état de glace malgré le fait d’avoir dormi dessus.
Quand nous enfourchons nos vélos, nous prions pour ne pas être cachés par une montagne qui bloquerait les rayons du soleil. Quand enfin le soleil commence à nous réchauffer, nos lèvres subissent et crament pour laisser apparaître de belles gerçures qui nous empêcheront de manger correctement. Nos ongles se décollent et saignent à cause du froid. Pas de douche depuis une semaine, les mains sales que l’on lave très furtivement afin de ne pas gaspiller trop d’eau.
Quand nous arrivons aux abords du premier désert de sel (Salar de Coïpasa), nous commençons à ressentir les effets de la fatigue et de la faim. Notre premier salar se révèle une expérience catastrophique. Les autochtones nous indiquent une mauvaise direction, nous nous retrouvons de l’autre côté de la montagne à nous embourber dans des sels mouvants. Par chance, nous rencontrons un berger au milieu du désert qui nous pointe du doigt la montagne à suivre. Il nous déconseille de couper car le salar est meuble et l’on risque de s’enfoncer. Pendant une trentaine de kilomètres, nous suivons la dite montagne, puis ne voulant pas rester une nuit de plus dans ce foutu salar, nous décidons de couper. Bandes d’idiots que nous sommes. Comme l’avait prédit le berger, nous nous enfonçons et devons pousser nos vélos pendant 10km. Nos bras et nos épaules s’en souviennent encore. Harassés, nous devrons passer une nuit de plus dans ce foutu salar de Coïpasa.
A la sortie du Salar, la piste n’est guère mieux, mais bon, nous en sommes sortis. Nous pédalons maintenant direction le Salar de Uyuni, qu’il nous faut traverser avant de rejoindre la civilisation. Le Salar de Uyuni, c’est un peu un rêve, dans l’idée. Mais avec l’état de fatigue dans lequel nous sommes entrés dans ce désert, c’est presque devenu un cauchemar. Un vent glacial matinal fait geler les larmes à peine sorties, des 4X4 de ces c… de touristes nous frôlent, ralentissent pour baisser la vitre et nous prendre en photo, comme si nous étions des girafes perdues en pleine banquise, sans prendre la peine de nous saluer et de nous demander si nous avons besoin de quelque chose, alors qu’ils sont bien au chaud, sous des couvertures avec un thermos de café. Allez, fuyez bande d’irresponsables, où je vous mets au défi de prendre ma bicyclette avec tout son poids.
L‘entrée dans Uyuni sera salvatrice. Après avoir écumé une dizaine d’hôtels hors de prix, nous optons pour le moins pire qui nous promet une douche chaude, enfin. Nous dévorons un paquet de 800g de bonbons dans l’après midi. Enfin. Nous avalons une côte de bœuf et de lama au barbecue avec des frites et du riz. Enfin. Buvons une bouteille de 2,5L de coca, des tasses de café brûlant et api sucré (boisson à base de farine de maïs). Enfin. La privation temporaire nous a rendus boulimiques de gras, de chaud, de sucre. Enfin, on est arrivés à Uyuni.
La version « c’était cool », c’est pour l’article suivant…
Pédalage au coeur d'une carte postale
Le passage de frontière côté chilien ne nous enchante guère. Il est impossible de faire passer fruits et légumes, fruits secs, denrées ouvertes. Arrivés à la frontière, un douanier très sympathique nous voyant arriver sur nos 2 roues nous indique en détail ce qui ne passera pas. Nous faisons donc notre pause déjeuner en avalant les denrées interdites. Nous allons alors pédaler pendant 6 jours sans fruits ni légumes, sans vitamines, c’est dur. Nous devons passer nos sacoches sur un tapis roulant afin de scanner tout produit indésirable. Ils sont fous, on se croirait à la douane de New-York.
Nous apprenons que de ce côté de la frontière, il est impossible de changer de l’argent. Si nous voulons de la monnaie chilienne, il nous faut retourner côté bolivien, à 15km, sur une route qui grimpe dans un vent terrible. Nous décidons de partir sans argent, hors de question de revenir sur nos pas, nous vivrons sans un sou. D’autant plus que nous sommes partis pour traverser un désert, a priori, pas de tentations commerciales dans ces lieux. A cet instant, un énorme camping-car arrive derrière nous, c’est un couple de français à la retraite qui parcours l’Amérique du Sud…et qui nous échange quelques billets. Comme quoi, parfois, la vie…
La piste qui s’enfonce vers le parc des vicunas est bien mauvaise. Le sable ne résiste pas au poids de nos vélos chargés et nous devons pousser sur de longues distances. Quant enfin de sable disparait, c’est au tour des cailloux de prendre le relais et de nous éjecter de droite et de gauche. Le vent se lève et à ces altitudes, il fait un peu frais. Quand soudain nous apercevons une petite cabane sur le bord de la piste, nous poussons la porte et là, un paradis. Sous une petite charpente de taule et de bois, des eaux thermales à 50° n’attendent que nous. Le temps d’un échange de regard, et l’on décide de s’installer là pour la nuit. Les eaux brûlantes nous réchauffent le corps, nous sommes seuls au milieu de la montagne, pas une seule voiture n’est passée de la journée. Difficile à relater, mais après de dures journées glaciales, ce petit coin est pour nous un véritable paradis, comme un feu de bois après la neige. Nous retournons à l’eau plusieurs fois, jusqu’au petit matin où il nous faudra bien quitter les lieux.
Les paysages se révèlent sous nos yeux toujours plus magnifiques, grandioses. On se sent d’autant plus petits que les volcans sont grands, les montagnes larges, les animaux sauvages, au milieu d’un grand rien, ce qui fait tout. Les vigognes, curieuses, galopent telles des girafes à notre passage sur seulement quelques mètres, puis s’arrêtent et nous fixent avec leurs grands yeux de biches. Un soir, au moment de poser la tente, nous apercevons des empreintes de puma sur le sol. Nous faisons brûler quelques touffes d’herbes sèches (sur les conseils que nous avait donné le garde parc) afin qu’ils ne s’approchent pas trop près de la tente la nuit. On aime bien la nature, mais les bêtes de ce type, genre gros chat, on préfère les savoir loin. D’autant que dans le quartier, on ne voit pas trop de vigognes, ils doivent donc avoir un peu faim ces félins.
Pendant ce bref passage de 6 jours au Chili, longeant la frontière bolivienne, nos yeux et nos corps en ont pris plein la tête. Des trous, des bosses, du sable, des cailloux, du vent, du froid (on est ici en hiver), mais surtout des paysages grandioses, indescriptibles de par leur majesté, leur élégance, leur virginité.