chili
Etat général des mollets à mi-parcours
Ayant partagé trois semaines du périple de nos deux paires de mollets favorites, je me permets une appréciation morale qui rassurera famille et amis.
- Aucun changement radical d’attitude par rapport à février 2013
- Mathilde et Brice semblent toujours sous le charme de la Bolivie et de ses mamitas.
- Ils présentent une légère tendance à appeler les hommes José ou Papito en fonction de l’âge de l’intéressé, Mamita pour les femmes au-dessus de 45 ans.
- Le courage et la générosité dont ils ont fait preuve jusque-là sont intacts.
- Leur sens du relationnel, déjà à un stade avancé de développement, progresse de façon continue avec une aisance grandissante à manier la langue espagnole.
- Leur goût pour les deux roues s’accentue, restant pour eux le meilleur moyen de voyager en prenant son temps et en rencontrant un maximum de locaux. Si ils vous proposent des prochaines vacances à vélo, souriez et réfléchissez bien, c’est peut-être une bonne nouvelle : le cyclotourisme rend addict et développe la confiance en soi.
- Même quand ils parlent du froid dans le Salar d’Uyuni, des chiens péruviens et des Chiliens, on a envie de squatter leur porte-bagage (voire de pédaler)
- La mastication des feuilles de coca n’a aucun effet débilisant sur eux, elle favorise leur digestion, leur adaptation au climat et à l’altitude.
- La machine à laver semble être le bien matériel qui leur manque le plus (surtout à Mathilde…)
- Le retour les taraude pas mal mais le voyage nourrit bénéfiquement leurs réflexions.
- Le couple vit des moments forts, des temps en solitaire sont parfois nécessaires.
- Leur budget est géré de façon remarquable, c’est très encourageant pour la suite, d’autant que leur capacité de négociation est en pleine croissance.
- Leur gourmandise n’a pas été atteinte par les quelques expériences culinaires douteuses des derniers mois.
- Ils semblent vouloir piquer pas mal d’idées à l’architecture latine, pour un futur habitat commun.
- Ils parlent beaucoup de vous tous, et du reste, avec passion.
Preferimos el camping*
* Preferimos el camping (nous préférons le camping)
Cap sur San Pedro de Atacama, contrée touristique au Nord Est du Chili, qui vaut le détour pour son désert de sel et ses lagunes étonnantes. Passée la déception d’un voyage en bus de 9 heures en compagnie de chauffeurs pingres et mal aimables, nous débarquons sous un soleil de plomb à la recherche du camping Las Buenas Peras et atterrissons finalement au camping Los Perales, histoire de rester dans le même champ lexical et de fuir la chambre non avenante offerte par une Lilloise dépressive, qui conclura notre discussion par un « Prefieren el camping » monotone et mémorable.
Nous croiserons d’ailleurs plusieurs Français installés là pour travailler dans le tourisme. D’innombrables agences proposent les mêmes expéditions aux alentours du village, nous sommes un peu perdus et devons accepter pour quelques jours d’endosser le rôle de touristes prêts à débourser des sommes importantes pour visiter les décors naturels qui nous entourent. Nous limiterons notre contribution au développement du tourisme de masse à une excursion et une location de vélo. Pour le reste nous nous débrouillerons avec nos propres jambes, quelques tomates et du bon pain.
La découverte de la Réserve nationale de flamants roses est incroyable : sur la lagune de Chaxa, les grands oiseaux sont à quelques mètres de nous, posant pour des photos de carte postale, tantôt sur une patte pour dormir, tantôt gigotant leurs échasses pour remuer les planctons (la danse flamenco viendrait-elle de là ?) mais surtout ne cessant de picorer les marais pour se nourrir. L’élégant flamant rose passe en effet pas moins de 16h par jour à manger.
Protégés par le majestueux volcan Licancabur et sa forme conique régulière, nous faisons route vers les lagunes de l’Altiplano, et le paysage est radicalement différent : nous y accédons à pied par un chemin enneigé, les sommets dessinent nettement leur contour blanc sur un ciel bleu azur, leur reflet dans la lagune crée un paysage idyllique. Nous resterions des heures assis face à ce décor peuplé ça et là de nos chères vigognes aux yeux de biche.
Le dernier jour de notre escapade chilienne sillonne la Valle de la Luna au rythme saccadé de nos VTT sur les chemins sableux et rocailleux. L’effort en vaut la peine, il est difficile de décrire les roches lunaires qui nous entourent, les dunes de sables formées par le vent, les grottes creusées dans la roche brillante de granit et de sel. Ici les éléments ont créé des courbes et des pics que Neil Armstrong n’a sans doute jamais approchés. Le coucher de soleil est tout simplement grandiose. Mais attention à la descente !! Nous aurons bien mérité notre énorme pizza de chez Barros, la musique jouée en live par quelques musiciens chiliens complétant à merveille le bonheur d’un bon repas au coin du feu après une journée en selle. Nous oublions vite que demain il faudra remonter dans ce satané bus au personnel antipathique.
Lagunas Miscanti - Reserve National Los Flamencos
Une traversée, deux versions : Que lindo
Que lindo* (*whaou, qu’est ce que c’est beau !)
Impressionnante sensation de se sentir minuscule au milieu d’un immense désert. Suivant notre avancement tranquille, au rythme de coups de pédale, le paysage est un décor. Un décor de cinéma, avec ces longues étendues qui nous mènent au pays des indiens, un décor de rêve, avec des couleurs et des formes à faire pâlir les meilleurs aquarellistes, un décor animalier avec des vigognes, des petits lapins à a queue en tire bouchon. Un décor dans lequel il est fabuleux d’avancer. Le vent est frais, le soleil réchauffe, les volcans fument. Chaque chose est sa place. Tout du moins on le suppose car jamais nous n’avons rencontré pareil paysage. Le fait de se sentir seul ajoute une autre perspective au voyage. Un peu d’angoisse certes, car en cas de pépin, nous sommes loin de tout. Mais surtout un immense sentiment de liberté. On se sent partout chez soi. Poser la tente le soir se révèle d’une facilité déconcertante. Pas besoin de se cacher, il n’y a personne. Alors un simple regard autour de nous lorsque la fatigue de fin de journée se fait sentir, et nous voilà installés. Au milieu d’un troupeau de vigogne, au pied d’une roche, au bord d’une source d’eau chaude, sur une île d’un désert salin…Chaque effort fourni en récompensé.
Qu’il s’agisse des montagnes chiliennes ou des déserts de sel, la démesure de la nature est partout. Le Salar de Uyuni, plus grand désert de sel au monde, nous révèle la courbure de la terre, des débuts et fins de journées où le violet se mêle à l’orange, le bleu au rouge. A moins que ce ne soit l’inverse. On observe le spectacle avec assiduité chaque matin, chaque soir. Et à chaque fois avec le même plaisir. Nous vivons au rythme de ce soleil qui nous abandonne l’espace d’une nuit, nous laissant en compagnie d’un ballet étoiles, la voie lactée parfaitement dessinée, orchestrant l’ensemble.
Le salar nous permet d’avancer à vive allure, en toute direction. Pas de chemin tracé, il nous suffit de fixer une montagne au loin, située à 50km, de la suivre. Tous les chemins sont possibles pour rejoindre un point de référence. Nous pouvons pédaler en fermant les yeux, sans craindre un impact avec quoi que ce soit. On peut pédaler au rythme de la musique, sans craindre de se faire renverser. Les distances sont longues, alors qu’une montagne semble proche et que l’on pense l’atteindre en seulement une heure, nous sommes surpris de toucher ses flancs en fin de journée. Quand on vous disait que l’on se sent minuscule. Et tellement bien.
Merci les copains pour votre playlist, on l'adore!!!!