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Pablo Neruda - ode à la bicyclette

22 Décembre 2013 , Rédigé par Mathilde et Brice Publié dans #Chili

ODE À LA BICYCLETTE

J’allais sur le chemin crépitant :
le soleil s’égrenait comme maïs ardent
et la terre chaleureuse était un cercle infini
avec un ciel là-haut, azur, inhabité.

Passèrent près de moi les bicyclettes,
les uniques insectes
de cette minute sèche de l’été,
discrètes, véloces, transparentes :
elles m’ont semblé simples mouvements de l’air.

Ouvriers et filles allaient aux usines,
livrant leurs yeux à l’été,
leur tête au ciel, assis
sur les élytres des vertigineuses
bicyclettes qui sifflaient passant
ponts, rosiers, ronces
et midi.

J’ai pensé au soir, quand les jeunes se lavent
chantent, mangent, lèvent un verre de vin
en l’honneur de l’amour et de la vie,
et qu’à la porte attend la bicyclette,
immobile parce que son âme
n’était que de mouvement,
et, tombée là, elle n’est pas
insecte transparent qui parcourt l’été,
mais squelette froid
qui seulement retrouve un corps errant
avec l’urgence et la lumière,
c’est-à-dire avec la
résurrection de chaque jour.

Ode en version originale pour les puristes

Ode en version originale pour les puristes

A Santiago, différentes vues de la Chascona, une des trois maisons de Pablo Neruda
A Santiago, différentes vues de la Chascona, une des trois maisons de Pablo Neruda
A Santiago, différentes vues de la Chascona, une des trois maisons de Pablo Neruda

A Santiago, différentes vues de la Chascona, une des trois maisons de Pablo Neruda

A Valparaiso, une autre maison de Pablo, La Sebastiana. Ces maisons sont des monuments architecturaux, poétiques et en rapport avec l'océan
A Valparaiso, une autre maison de Pablo, La Sebastiana. Ces maisons sont des monuments architecturaux, poétiques et en rapport avec l'océan
A Valparaiso, une autre maison de Pablo, La Sebastiana. Ces maisons sont des monuments architecturaux, poétiques et en rapport avec l'océan

A Valparaiso, une autre maison de Pablo, La Sebastiana. Ces maisons sont des monuments architecturaux, poétiques et en rapport avec l'océan

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Va au paradis

19 Décembre 2013 , Rédigé par Mathilde et Brice Publié dans #Chili

Les personnages :

Nous > Mathilde et Brice

Valpo > diminutif donné par ses habitants à Valparaiso, ville chilienne

Sur les bords de l’Océan Pacifique, au Chili, trois personnes discutent paisiblement. En bruit de fond, on entend des klaxons, des cris de mouette et le clapotis des vagues. De temps à autre, un paquebot passe au loin et l’on entend sa sirène.

Valpo : Mathilde, Brice, je suis bien heureuse de vous accueillir ici, comme tant d’autres étrangers qui viennent s’échouer sur mes berges depuis près de 400 ans. Ainsi est ma destinée depuis l’arrivée des colons. J’accueille et je reçois.

Nous : Valpo, tu le fais tellement bien. On se sent très vite chez nous, nous aimons déambuler sur tes flancs, tes collines, sur tes berges. Tes rues escarpées nous invitent à mieux te connaître. Au détour de tes rues colorées, on aperçoit tour à tour la mer puis les montagnes.

Valpo : Vous savez voir ma belle face mais malheureusement beaucoup disent que je suis sale et mal tenue, à la différence de ma voisine Vina del Mar, si lisse, si propre, si riche.

Nous : Quoi ? A cause des graffitis qui colorent tes rues, à cause des déchets non ramassés pour cause de grève ? Tu sais, tu nous rappelle un peu Marseille, cette ville du Sud de la France, si bruyante, si animée, si populaire, si détestable et pourtant si attachante. Ton fils, José, nous a parlé de toi toute une après-midi, il nous a conduit dans des zones connues seulement par tes enfants et franchement, tu es belle et étonnante.

Valpo : Quel honneur, et que pensez-vous de mes marchés de rue ? Avant l’ouverture du détroit du Panama, j’ai connu mon heure de gloire. Des milliers de marins, de bateaux, de paquebots s’amarraient sur mes berges. J’étais le passage obligatoire pour ceux qui naviguaient depuis le Pacifique jusqu’à l’Atlantique. Depuis, je me trouve vieillie, les bateaux sont plus petits et moins nombreux. Les hommes qui se posent sur ma terre ne sont plus des marins mais des diplômés venus de tous pays savourer la vie chilienne.

Nous : Tu sais Valpo, tu es vieille certes, mais tu ne t’enlaidis pas. Les coups de bombes de peinture qui couvrent tes murs cachent tes rides mais subliment le regard que tu offres à celui qui ose s’aventurer dans tes dédales. La brise du Pacifique vient parfumer les maisons aux portes ouvertes et tes chiens veille sur toi. Quand nous partirons demain matin, nous poserons un dernier regard sur tes formes ondulantes, éblouis par le soleil naissant, et te saluerons, une petite boule au ventre de devoir te quitter. Ton prénom prendra alors tout son sens : Va al paraiso (= va au paradis).

Valpo : C’est le nom que m’ont donné mes ancêtres, en parlant de moi depuis l’étranger. Allez, venez, que je vous serre encore un peu dans mon cœur !

Le Port de Valparaiso, ancien port le plus important d'Amérique du SudLe Port de Valparaiso, ancien port le plus important d'Amérique du Sud

Le Port de Valparaiso, ancien port le plus important d'Amérique du Sud

Accueillis chez Thomas et Gabriela, des amis d'amis (piscine sur le toit de l'immeuble)

Accueillis chez Thomas et Gabriela, des amis d'amis (piscine sur le toit de l'immeuble)

Tour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la villeTour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la ville
Tour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la villeTour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la ville
Tour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la villeTour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la villeTour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la ville

Tour de ville avec José, ami guide privé et enfant de la ville

Le graff, devenu par l'histoire, une spécificité de Valpo
Le graff, devenu par l'histoire, une spécificité de ValpoLe graff, devenu par l'histoire, une spécificité de Valpo
Le graff, devenu par l'histoire, une spécificité de ValpoLe graff, devenu par l'histoire, une spécificité de Valpo
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Bord de pacifique, des familles entières de pélicans perchées sur les rochers

Bord de pacifique, des familles entières de pélicans perchées sur les rochers

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Si le Chili m'était conté

17 Décembre 2013 , Rédigé par Mathilde et Brice Publié dans #Chili

Le Chili est certainement le premier pays étranger dont j’ai entendu parler, alors que je pouvais encore dire mon âge avec les doigts d’une seule main. Il était alors, dans ma petite tête d’enfant, l’illustration parfaite d’un monde dichotomique. Les gentils et les méchants, les riches et les pauvres, la guerre et la paix, l’amour et la haine.

Ce pays était pour moi représenté par cinq personnes, cinq prénoms aux sonorités différentes du français. Olga, Arnoldo, Alexandro, Marcia et Luis. Le Chili devait très certainement sentir la lentille et les épices, comme chez cette nounou qui m’accueillait chez elle le temps de la pause du midi à l’école maternelle. Mes parents ont du m’expliquer un jour qu’ils étaient réfugiés politiques, qu’ils s’étaient battus dans leur pays pour la paix mais que leur vie était en danger là-bas car la liberté n’était pas la même qu’en France.

J’ai certainement senti que ça n’avait pas dû être drôle pour eux de venir vivre ici, transportant avec eux un parfum d’orange que je pouvais sentir lorsque Marcia, leur fille, me peignait les cheveux. Mais j’étais contente qu’ils soient arrivés ici, en France, pour que je puisse les connaître. En grandissant, j’ai entendu des mots d’adultes tels que torture, prison, dictature. Au collège, j’ai appris la longueur de ce pays si étroit tout au long duquel avait poussé la Cordillère. J’ai alors voulu comprendre ce qui était arrivé à beaucoup d’autres, tout comme à eux.

Lorsque j’ai appris la mort de Pinochet dans les journaux, je me suis demandé s’ils en étaient soulagés ou si au contraire ils étaient rongés par l’injustice de son non-jugement. Mais je n’ai jamais osé poser de questions, par pudeur. Puis, en traversant l’Equateur, le Pérou, la Bolivie à vélo je pédalais avec l’idée que j’allais enfin découvrir ce pays connu de nom depuis si longtemps mais pourtant si obscur à mes yeux.

En arrivant à Santiago, je me suis dis qu’il était temps d’entrer dans le vif du sujet. Après avoir rencontré des gens dans le rue, avoir visité tous les musées possibles sur l’histoire de la dictature, avoir marché dans les rues aujourd’hui si paisibles, m’être assise devant le mur en souvenir des disparus de la dictature dans le Cementario General, je n’ai pas encore tout saisi sur l’histoire du pays qui a bouleversée bien des vies. En lisant un chapitre du livre « Les veines ouvertes d’Amérique Latine », écrit juste avant le coup d’état militaire chilien, je comprends qu’il n’est en fait qu’une histoire d’argent, d’intérêt pour des ressources naturelles que les pays du nord voyaient dans les pays du sud. C’est de cette manière que se résument les questionnements du « pourquoi tant de haine ? » qui me taraudent depuis ma tendre enfance. Le gouvernement des Etats-Unis avait besoin d’exploiter des minerais dont disposait le Chili, ils ont placé un dictateur. Quoi de plus simple ?

Depuis la chute du gouvernement militaire, les traces laissées par l’impérialisme américain sont très visibles. Les voitures sont grosses et neuves, de marque américaine, chacun exhibe LA pomme sur son ordinateur, son téléphone, son lecteur musique. Les rues sont calmes et l’espace publicitaire a la part belle. Le week-end de notre arrivée, le Chili était en pleines élections. La liberté n’est pas encore gagnée, reste à voir ce que les Chiliens vont décider.

Pour Olga, pour Arnoldo, pour toute leur famille, je souhaite que leur combat et leur exil n’aient pas été vains. L’Histoire, c’est aussi au présent que ça se raconte.

Relève de la garde devant le Palais du Gouvernement

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Vestige de la présence espagnole à Santiago, Parque Santa Lucia
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Publicité sur tous les toits d'immeubles : Premier tour des élections présidentielles

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Santiago, ville verte et aérée

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Cimetière général, lieu de vie, de revendication et de mémoire
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Métro, lieu d'expression artistique

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Londres 38, Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme
Londres 38, Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme
Londres 38, Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme

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Sous les conseils d'Olga et Arnoldo, dégustation d'un cebiche au marché (plat à base de poisson cru)

Sous les conseils d'Olga et Arnoldo, dégustation d'un cebiche au marché (plat à base de poisson cru)

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