bolivie
La région des vins à un goût amer
Il existe une zone, au sud, à l’écart de la Bolivie que nous connaissions jusqu’à présent, où la vie nous rappelle étrangement quelque chose. Pas besoin de chercher bien loin. Tarija, la ville du vin bolivien, semble sortie d’un catalogue printemps-été français et même européen. D’énormes 4X4 appartenant à des individuels (ceux que l’on croise depuis des mois appartiennent aux entreprises, très peu de voitures personnelles de manière générale), des femmes et hommes grands, blonds ou châtains, c’est la première fois depuis le début du voyage que l’on se fond dans le paysage, un accueil peu chaleureux et distant, des humains parfumés, des gamins caractériels, pourris-gâtés qui piquent des crises parce qu’ils veulent une glace, des regards hautains, des terrasses de café, des propos racistes. On se pince plusieurs fois, on a des hauts le cœur, des sueurs froides, serions-nous de retour en France prématurément ? Non, pitié, pas tout de suite. On a encore soif de simplicité et d‘humanité. On veut encore ne pas comprendre tous les codes d’une société. On veut encore être perdus et étonnés à chaque coin de rue. On veut encore savourer des goûts nouveaux. Pour retrouver cela, on file rapido au mercado campesino, dénigré par les gens du centre, retrouver les indigènes et le joyeux bordel d’un marché digne de ce nom.
Pour la partie « on est français », ce sera vers les vignobles autour de la ville que nous irons. Les petits vins de la région de Tarija sont ma foi bien agréables. Cultivés en altitude sous les rayons écrasants du soleil (entre 1600 et 2500 mètres), ils sont, pour la plupart, forts sucrés. La visite des vignobles à un petit air du sud, les haciendas de construction très semblable aux mas de Provence. Des orangers poussent ça et là.
Est-il utile de vous dire que de nombreux français, italiens, espagnols et allemands se sont installés ici il y a un peu plus d’un siècle pour exploiter leur savoir-faire et que beaucoup sont maintenant richissimes. On commence peu à peu à comprendre toutes ces têtes blondes. Puis, en menant l’enquête plus loin, nous apprenons qu’en 1890, sur les 10.000 habitants que comptait la ville, 8.000 venaient d’Europe. Qu’en plus du vin, l’exploitation du gaz est prolifique. Et bien voilà, peu à peu, l’ambiance s’explique, mais ne se pardonne pas. Pourtant, lorsque nous dirons à certains que nous nous sentons en Europe, c’est avec beaucoup de fierté que nos interlocuteurs recevrons la nouvelle. Et bien, nous, pour le moment, on veut encore voyager dans l’autre Bolivie et c’est bien vite que l’on fera nos bagages pour partir d’ici. Tant pis pour le vin, ça attendra l’Argentine prochaine.
Escapade lunaire
Après avoir retrouvé Jin, un cycliste de Singapour que nous avons croisé à plusieurs étapes depuis Huaraz (nord du Pérou), nous partons pour une journée sans bagages aux alentours de Tupiza. Nous approchons de la frontière argentine et avons encore un peu de temps pour profiter de la Bolivie. Nous nous enfonçons sur un chemin de roche rouge, sèche, formant un ensemble à la fois apocalyptique et poétique. Le soleil est cuisant dans le décor irréel d’une planète terre toujours aussi surprenante de variété. Nous avons le sentiment d’être sur la lune, dans un désert rocheux angoissant et envoûtant.
Avancer sans bagage rend le pédalage facile, presque trop, on a l’impression de voler. Le vélo est souple et léger.
Drôle de train-train
Uyuni est une ville froide, les gens y sont mal-aimables. Démesurément touristique à cette période, nous finissons de tomber des nues lorsqu’un touriste français hautain et irrespectueux nous interpelle texto : « heu, le Salar, vous l’avez fait aujourd’hui ou vous le faites demain ? ouais, pour savoir quelle agence de voyage choisir » (à lire en mastiquant un chewing-gum et en étirant les mots). On l’aurait bien giflé et fait ravalé son verbe faire.
Voici une ville dans laquelle on ne souhaite pas faire de vieux os. Mais pourtant un petit clin d’œil aux trains du cimetière, qui attendent depuis une cinquantaine d’années que l’ancien revienne à la mode. Un vrai musée d’art contemporain avec une exposition de style ready-made à ciel ouvert.