Carte postale venue de ce monde
Nous venons d’arriver par le Rio de la Plata dans un pays jusqu’ici inconnu. Les autochtones le nomment Uruguay. Mais ce nom à lui seul est bien loin de représenter ce que l’on vit ici. Alors que nous n’avions aucune image de ce pays avant d’y poser le pied, nous voici à prendre des clichés avec nos yeux grands ouverts de chaque instant savouré ici.
Les rues de Colonia sont pavées et étroites et dans chacune souffle le vent rafraichissant venu du Rio. Les ruelles sentent ces odeurs venues d’un autre temps, les bicyclettes posées négligemment sur chaque façade, les habitants qui discutent sur les pas de portes, le maté partagé, les enfants qui te saluent d’un sourire respectueux, la tranquillité des rues, l’accueil de chacun, forment un tout qui donne une idée de ce que pourrait être le monde si l’on venait s’inspirer ici : fraternité, amour et liberté.
Cette vie paisible ne s’arrête pas à ce petit village. Montevidéo, sous ces airs de capitale, ne se cache pas de ressembler à une ville provinciale où l’on se permet de se promener torse nu, de déambuler dans ses rues, de saluer le voisin, de se retrouver pour danser quelques pas de tango sur une place ombragée, comme si l’on se trouvait dans une petite bourgade.
Pour la suite du voyage, nous décidons d’arrêter de nous questionner sur le pourquoi de l’amabilité des habitants. C’est ainsi. Ils sont bien dans leur pays, ils sont bien avec le temps, rien ne presse, rien n’est urgent, sauf peut-être de vivre avec son prochain.
Petit pays, qu’on aime beaucoup, petit, petit, on rêve beaucoup…
Colonia, doux petit village Uruguayen, à une heure seulement de bateau, de la géante ville qu'est Buenos Aires
Vous ne revez pas, nous sommes bien au Marché du Port, mais il n'y a que de la viande sur les barbecues géants
La chute
J’ai trouvé vie en pleine forêt amazonienne, dans un coin du Rio Parana. Comme mes milliers de frères et sœurs, j’ai barboté tranquillement dans les ondulations du fleuve, J'ai embrassé la terre rouge et argileuse à de nombreuses reprises. J’ai porté sur mon dos des brindilles, des troncs, j’ai roulé sur les galets et ai esquivé des rochers. J’ai rafraîchi des familles entières sur mon passage. On peut dire que jusqu’ici, j’ai eu une vie paisible.
Mais à entendre ce qui se passe au loin, cette paix ne va pas durer. La vitesse s’accélère, je n’ai plus le temps de me faire des amis sur la berge. Avec mes compagnons, nous nous entrechoquons, passons l’un par-dessus l’autre, sans pouvoir rien contrôler. Le bruit sourd venu de loin se fait chaque seconde plus fort, c’est maintenant un grondement. Je n’ai pas d’autre choix que de suivre la masse.
J’aimerais retourner en amont, remonter le cours des choses, retourner au paisible. Je crois que je n’aurai même pas le temps de pleurer au moment où il faudra se lancer dans le vide. Je n’ai pas de cœur, je n’ai pas d’esprit, je n’ai pas à me questionner ainsi. Le tumulte est maintenant là. Il n’y a plus aucune surface plane devant moi. Comme tous ceux autour de moi, je hurle. Voilà d’où venait ce bruit sourd. Tous mes camarades passés par là n’ont pu réprimer ce cri. Nous plongeons maintenant devant les yeux ébahis des touristes et les focus d’appareil photo. La chute est longue et brutale. Pas le temps d’avoir mal que nous voilà dans les eaux tumultueuses du bas de la cascade. Je suis secouée et fatiguée. Alors que la large gorge du diable nous aspirait il y a quelques secondes, voici qu’elle nous rejette violemment vers le Rio Iguazu.
Le cours de la vie redevient paisible et j’irai m’échouer dans l’océan.
Vous n’imaginiez pas, lorsque vous êtes arrivés devant les portes du Parc des Chutes d’Iguazu, caméra autour du cou, casquette vissée sur la tête et crème solaire appliquée de façon non uniforme, que le spectacle que vous alliez voir allait causer le traumatisme de la petite goutte d’eau que je suis ?