Noël en juin
Petite dédicace à La Position du Tireur Couché dans l’album de Noel de La Coopé. Oui, nous avons vécu Noel en juin, mais sans maillot de bain et de Noel, il n’y avait que la neige.
La traversée de la frontière Pérou/Bolivie s’étant parfaitement bien passée, nous avons fait une halte de quelques jours à Copacabana afin de découvrir l’isla del sol (voir photos article précédent, Lac Titicaca). La ville ne vaut aucun commentaire, elle est belle par ses alentours.
Puis, nous enfourchons nos vélos pour nos premiers coups de pédales en terre bolivienne. Les éléments nous accueillent en grande pompe. Sur les 10 premiers kilomètres de côte, une pluie torrentielle inonde nos K-way. Pour les kilomètres suivants, toujours en côte, l’eau fait place à la neige. Nous sommes ici en hiver, période supposée très froide mais sèche avec de grands ciels bleus. Le dérèglement climatique est venu mettre son nez ici aussi.
Nous finissons par arriver au col, trempés et le bout des doigts gelés. L’eau et la neige ont traversés les sur-gants Mappa, les gants, les sous-gants. Une descente nous attend, avec de grands coups de vent et…de grêlons. Ronds comme des petits pois et au moins aussi gros, ils s’abattent sur les parties de notre visage que nous n’avons pas réussi à couvrir. Nous jouons sans cesse des freins afin que les coups soient le moins violents possibles. C’est complètement trempés que nous arrivons auprès des embarcations qui nous permettrons de traverser vers l’autre rive du Titicaca. Heureusement, il y a toujours une mamita prête à vous servir quelque chose de chaud. S’est donc attablés avec des camionneurs et des pêcheurs que nous savourons une énorme assiette de pâtes bien épicées avant d’entamer la traversée. La seconde partie de la journée est un peu plus clémente et laisse filtrer quelques rares rayons de soleil, qui nous réchauffent grandement. Ce soir, nous dormirons dans un hôpital pour communautés indigènes. Les infirmières s’attablent avec nous autour d’un repas chaud, nous donnent des conseils sur la Bolivie, le médecin chef nous laisse son bureau afin que nous passions la nuit au chaud. N’est-ce pas fou ?
Au petit matin, nous reprenons la route. Il nous reste environ 90 kilomètres, pour rejoindre la capitale de la Bolivie, La Paz. Nous pourrions le faire dans la journée, mais cela nous ferait arriver un peu tard dans la ville et nous préférons ne pas entamer une entrée en capitale en fin de journée. Nous décidons de camper avant El Alto (banlieue aux airs de bidonvilles de La Paz). Sauf que, nos jambes, en forme, nous conduisent au cœur même de El Alto, ville qui s’étale tellement, que nous n’avions pas vu que nous nous enfoncions dans la gueule du loup. Nous décidons donc de trouver une petite chambre, parce ce que, comment dire, qui aurait envie de camper en plein cœur de Saint-Denis ou dans les quartiers Nord de Marseille, à part pour une étude sociologique ? Et bien pas nous en tout cas. Nous dormons donc dans un petit hôtel de cette ville de brique qui pousse comme un champignon tentaculaire et où l’air est difficilement respirable. Nous craignions El Alto par sa réputation coupe-gorge, nous sommes en fait accueilli très sympathiquement à de nombreuses reprises.
Le lendemain, peu de kilomètres nous séparent du cœur de La Paz. Nous nous transformons en pilotes-guerriers : casque visé sur la tête tel une armure, bandana sur le nez et la bouche pour nous protéger de la pollution, gants enfilés en cas de chute. Nous avons le regard noir et filons à travers les voitures, camions, bus. Il faut s’imposer, sinon on risque d’y passer l’hiver. Un livreur de boissons est perché sur son camion et nous siffle en guise d’encouragement. Le chauffeur roule vite mais à un feu rouge, le livreur se baisse vers nous pour nous offrir des bouteilles de cola et nous congratule d’un large sourire. Quel bonheur. Il fait une chaleur infernale. Nous entamons la descente vers La Paz en commençant par prendre la bretelle d’autoroute en sens inverse puis en roulant dans la bande d’arrêt d’urgence où il est bien indiqué : « interdit aux bicyclettes ». Ben oui, mais il faut bien trouver sa place, alors nous nous élançons. La bande d’arrêt d’urgence sert aussi de parking, de dépose minute, de trottoir, de zone de stockage, d’espace de footing. Nous devenons habiles du guidon pour slalomer entre tous ces joyeux dangers. Et nous arrivons en vie au cœur de La Paz, émerveillés par la construction de cette ville, les montagnes s’étalant tout autour, comme pour la protéger.