Expédition en bus
Le trajet que nous avons parcouru jusqu’à la forêt amazonienne est une telle aventure qu’il mérite un article à lui seul.
Une fois arrivés à La Paz, nous nous décidons pour une virée en Amazonie. Nous en rêvons depuis longtemps et nous sommes dans un bon timing, alors go. On laisse nos vélos en lieu sûr, chez Eveline, la warmshoweuse* qui nous accueille, on prend nos sacs sur le dos, un billet de bus, et c’est parti, direction Rurrenabaque. La ville se trouve à 350 km au nord de La Paz, il nous faudra 23h pour rejoindre le village ! Une durée de trajet habituelle pour cette liaison est de 18h, ce qui est déjà très long. Mais avec les fortes pluies de ces derniers jours, il y a des éboulements, de la boue et nous roulons à faible allure entre un précipice et une falaise. Le bus a tout juste la place de se frayer un chemin, il arrive que dans un virage, il patine et qu’une roue se retrouve à moitié dans le précipice, qui plonge 300 mètres plus bas. Il arrive aussi que le bus se trouve bloqué sur la voie, le temps que des hommes dégagent les pierres tombées ça et là.
Pour un trajet de ce type, vous nous direz, c’est un bus de luxe. Non, des bus de luxe en Bolivie, nous n’en voyons guère. C’est un bus monté comme un vieux camion, dont on ne préfère pas connaître le kilométrage, dont les amortisseurs ont dû finir dans un fossé il y a au moins 200 000 km, dont les sièges s’inclinent quand on ne le veut pas et qui se relèvent à la moindre secousse. C’est un bus qui enchaîne les allers/retours de 25h, dont la boue s’accumule dans le couloir et filtre par le plafond. C’est un bus dans lequel voyagent hommes/femmes/enfants/voyageurs à l’hygiène parfois précaires et qui sent tout sauf bon. C’est un bus où les enfants font pipi par la fenêtre et qu’avec les secousses, vous imaginez bien que quelques gouttes terminent sur le fauteuil, où les couches des petits s’entassent avec les os de poulet. C’est par contre un bus grand luxe question rencontres avec les mamitas, les enfants, les voyageurs.
L’ambiance du bus est étrangement calme, à part à quelques moments délicats où les secousses deviennent terribles et où certains se mettent à crier. Nombreux sont ceux qui se lèvent pour regarder ce qui se passe. Nous avons parfois envie de leur crier : « mais asseyez-vous, vous allez faire basculer le bus ». Mais peu à peu nous adoptons le calme sud américain, et nous vivons les choses avec philosophie et grand calme. Alors nous aussi on se penche par la fenêtre pour voir que le bus dévie fortement vers le précipice pour éviter un rocher…
Nous passerons une journée et une nuit dans ce bus. Quand au petit matin nous arrivons à Rurre, on pose le pied à terre, on délie nos muscles, on souffle d’être encore en vie.
Et dire que dans quelques jours il va falloir envisager le chemin retour.
Rassurez-vous, nous avons fait le chemin retour et nous sommes bien en vie, le dos en compote certes, mais encore là, après 25 heures de bus ! VIVE LE VELO
*warmshower : réseau de voyageurs à vélo qui propose l’hébergement gratuit, sur le principe de la réciprocité (type couchsurfing mais uniquement pour les cyclo-touristes).