Escapade lunaire
Après avoir retrouvé Jin, un cycliste de Singapour que nous avons croisé à plusieurs étapes depuis Huaraz (nord du Pérou), nous partons pour une journée sans bagages aux alentours de Tupiza. Nous approchons de la frontière argentine et avons encore un peu de temps pour profiter de la Bolivie. Nous nous enfonçons sur un chemin de roche rouge, sèche, formant un ensemble à la fois apocalyptique et poétique. Le soleil est cuisant dans le décor irréel d’une planète terre toujours aussi surprenante de variété. Nous avons le sentiment d’être sur la lune, dans un désert rocheux angoissant et envoûtant.
Avancer sans bagage rend le pédalage facile, presque trop, on a l’impression de voler. Le vélo est souple et léger.
Drôle de train-train
Uyuni est une ville froide, les gens y sont mal-aimables. Démesurément touristique à cette période, nous finissons de tomber des nues lorsqu’un touriste français hautain et irrespectueux nous interpelle texto : « heu, le Salar, vous l’avez fait aujourd’hui ou vous le faites demain ? ouais, pour savoir quelle agence de voyage choisir » (à lire en mastiquant un chewing-gum et en étirant les mots). On l’aurait bien giflé et fait ravalé son verbe faire.
Voici une ville dans laquelle on ne souhaite pas faire de vieux os. Mais pourtant un petit clin d’œil aux trains du cimetière, qui attendent depuis une cinquantaine d’années que l’ancien revienne à la mode. Un vrai musée d’art contemporain avec une exposition de style ready-made à ciel ouvert.
Douce Sucre
(prononcer Sucré)
Chère Sucre,
Nous voulons te dire que malgré tous les questionnements qui se posent à ton sujet, (es-tu ou non la capitale de Bolivie ?), nous apprécions ton apparence et ton esprit. Ville principale du pays ou non, tes rues se prêtent au vagabondage paisible, tes vues, d’où que l’on soit, sont admirables. Ton passé colonial a laissé de bien belles traces architecturales pour notre grand plaisir. Tu es calme et reposante, nous aimons nous laisser imaginer vivre chez toi, dans l’une de tes grandes demeures du centre ou proche du mercado campesino, sur les hauteurs de tes flancs, si vivant et animé. Nous restons de longues heures à flemmarder dans tes cours intérieures, osant même des petites siestes à l’ombre d’un palmier géant. Tu nous offre un lieu de ressourcement sans pareil, où ta chaleur et ton ciel bleu nous rappellent le Sud de la France en été. Nous nous nourrissons de ton marché, tant par son goût que par ses bruits. Tes habitants sont adorables, peut-être est-ce dû à la douceur de ton climat.
Sucre, nous devons te quitter pour retrouver nos fidèles compagnons qui nous permettent de sillonner le pays qui t’abrite. C’est avec le sourire dans la tête et la force retrouvée chez toi que nous te quittons, un pincement au cœur en plus.
Mais saches que, un jour lointain ou très prochainement, nous reviendrons te saluer, chère Sucre.
(Aujourd'hui, 6 août, fête nationale de l'indépendance de la Bolivie depuis 1825)