Douceur de vivre, quand tu nous tiens
Nous arrivons à Vilcabamba pleins d’a priori. Beaucoup de gens rencontrés en chemin nous ont prévenus qu’il s’agissait d’un village très touristique, surpeuplé de gringos qui ne parlent qu’en anglais. Nous imaginions donc ce village comme une halte furtive de 2 jours maximum. L’histoire raconte que Vilcabamba serait une vallée où les gens vivent vieux et en bonne santé, sans autre égal sur la planète. Le climat y est doux (il fait 20° toute l’année) et l’eau d’ici aurait des vertus miraculeuses. Ce qui explique l’afflux de touristes et gringos venus s’installer ici.
Nous trouvons en effet cette petite bourgade dépeuplée de locaux mais en cherchant un endroit pour poser notre tente, nous découvrons une réserve naturelle à 15 minutes du village qui nous promet de dormir au calme et en pleine nature. Nous nous enfonçons au milieu d’une forêt quasi-vierge à la recherche de l’endroit autorisé pour planter notre tente. Au milieu des lianes, traversant des nuages de papillons et d’insectes, nous trouvons une petite prairie avec cabanon cuisine et douche sous les cannes à sucre. Nous trouvons encore la force de pousser un grand whaou de surprise. Nature, calme et volupté. L’endroit est idyllique : il y a des hamacs partout, des cabanes en bois, on se douche face à la forêt, en plein air, on se baigne dans le ruisseau, on fait des feux de bois, on plante le nez au ciel pour percevoir des milliers d’étoiles scintillantes et des lucioles volantes. Nous entendons des bruits jusqu’ici inconnus, les mélodies des oiseaux tropicaux diurnes laissant place aux sons de la nuit, animaux sauvages et clapotement du ruisseau se confondent.
Nous rencontrons ici des argentins, un tchèque, un allemand, un américain et bien d’autres avec qui nous partageons plusieurs journées et soirées. Comme nous, ils avaient besoin d’une petite pause dans leur voyage, de rester un peu quelque part (et, oui, nous sommes tout de même des sédentaires).
Nous improvisons des soirées découvertes culinaires du monde et nous aventurons à faire des crêpes. Quelle idée ! Des crêpes dans la jungle, c’est comme vouloir entreprendre un bœuf bourguignon sur un voilier en mer agitée.
Bon, on vous raconte : après avoir terminé la pâte à crêpes, le temps de chercher une poêle, un nid de larves est tombé dans la pâte. C’est vraiment dégueulasse, ça bouge, ça grouille. Mais nos camarades ont vus que nous préparions des crêpes et salivent déjà à l‘idée de goûter à la « cocina frencesa », pas question de jeter la pâte, nous n’avions rien pour en préparer une autre. A l’aide d’une passoire, nous filtrons les larves. Une bonne heure plus tard, aucune poêle potable n’ayant été trouvée, nous nous trouvons à cuire les crêpes dans notre petite popote de camping. Méthode de cas extrême, pas très pratique avec les rebords de la casserole et ne permettant de cuire que des crêpes d’un diamètre de 8cm tout au plus. Mais ça en valait la peine, nos copains dévorent les crêpes avec une délectation qui fait plaisir à voir.
Nous prenons ici une bonne dose de repos avant le départ vers la frontière péruvienne.