Traversée du désert
Les roues des vélos étant réparées, après 2 jours complets de mécanique, nous voici de nouveau sur la route. Nous sommes obligés d’emprunter la panaméricaine pour environ 80km, afin de sortir de Trujillo et de rejoindre les montagnes. Nous avions oublié les routes si fréquentées. Des camions, des bus, dont on dirait que le défi est de traverser l’Amérique du Sud en 24h sans freins et à coup de klaxon, nous doublent, misérables cyclistes qui en prenons plein la face.
Le décor est absolument terrifiant : de dunes de sables, un soleil écrasant, une route bruyante, rien d’autre à l’horizon que du sable. Il ne manque qu’une musique de western pour parfaire le tout et que nos vélos puissent se transformer en cheval rachitique broutant des cactus.
Pour notre première nuit, nous trouvons refuge au commissariat d’une petite ville où les policiers nous permettent de poser notre tente. L’un d’eux nous offre une énorme pastèque, absolument parfait pour cette chaleur. Le lendemain, il ne nous reste plus qu’une dizaine de kilomètre à parcourir sur la grande route avant de bifurquer sur un petit chemin dont nous a parlé Lucho à la casa de ciclista et qui nous permettra de retrouver les montagnes. Au moment venu, nous tournons les guidons gauche toute et nous mettons à rouler sur une piste de sable et de pierre, le désert toujours à perte de vue. Nous n’avions pas du tout imaginé cela au Pérou.
Pendant 4 jours durant, nous allons pédaler dans un décor terrible : du sable, de la roche, des cactus, pas d’ombre : le désert quoi ! Un travailleur que nous croisons en route, nous voyant souffrir du soleil, rigole un peu avec nous et me dit : « no es peligroso, aqui no hay cow-boy senorita, ha ha ha* ». Ouais, ok, il n’y a pas de cow-boy mais il y a des condors, des montagnes rocheuses, du soleil, pas d’eau et pas d’ombre.
[*ce n’est pas dangereux, ici, il n’y a pas de cow-boy mademoiselle ha ha ha »]
Nous finissons tout de même par suivre le rio santa qui descend de manière furieuse sur des centaines de kilomètres le long des parois rocheuses. C’est auprès de cette rivière que nous bivouaquerons 2 nuits durant, nous permettant un petit décrassage bien agréable.
Sous 40°C quotidiens, nous pédalerons ces 5 jours. Nous ne cachons pas que cette étape à été difficile, moralement et physiquement. Nous avons eu faim, nous avons eu soif, très soif (au point de devoir boire l’eau du rio, sableuse et douteuse). Nous avons trouvé des oasis de fraîcheur dans des rencontres (des clémentines offertes par une petite mamie, une nuit passée aux côtés d’un berger en transhumance, un restaurant qui sort de terre, là, juste après le virage, au milieu de nulle part, à tout juste 12h30).
Plus d’une fois, nous avons eu envie de pleurer, mais en se ravisant de suite car il valait mieux garder l’eau que nous avions dans nos corps. Alors dans ces moments-là, on pense s’asseoir contre la paroi rocheuse et attendre qu’un condor et deux vautours viennent abréger nos souffrances. A défaut de vautours, ce seront les « mouches-moustiques » qui auront raison de nous. Nous sommes rouges de piqûres et ça démange terriblement. En regardant nos jambes et nos bras, on se rassure en se disant que nous avons gagné le maillot à pois, celui du meilleur grimpeur.